« Moi vs Facebook » de Jeanne Malysa

Moi vs Facebook
(oui, moi d’abord !)

Autant vous l’annoncer d’emblée, je suis un sommet de nullité concernant cet étrange objet qu’est Facebook. Après avoir créé mon compte, je pensais naïvement que cela suffisait et qu’il n’y avait aucune utilité à créer aussi une page. Que nenni ! Grossière erreur. Vous n’existez pas sur Facebook si vous ne vous présentez pas comme Facebook l’a décidé. Il a donc fallu que j’aille à l’école fessebouquienne pour apprendre les méandres, les pièges, le vocabulaire et la grammaire de cette langue étrangère.

Ah, la fameuse page Facebook.

Je connais la page d’écriture de Prévert :

« Deux et deux quatre

Quatre et quatre huit… »

Je connais la page blanche, forcément. Hélas ! Je connais aussi les pages jaunes. Je sais ce que veut dire l’expression « Être à la page », bref… je sais certaines choses sur les pages.

Mais la page Facebook ? Là, je suis en terra incognita.

Comment voulez-vous que je comprenne quoi que ce soit à tout ce qui touche les algorithmes, les statistiques, le/la canvas… C’est quoi, cette drôle de bestiole ? J’écris des histoires pas des chiffres, des romances pas des graphiques. J’aime les courbes à condition qu’elles n’aient ni coordonnées ni abscisses (Anaïs, je parle de toi). J’aime la force de frappe quand elle se conjugue au masculin (coucou, mes highlanders) pas le « booster ».

Première bizarrerie : je cite Facebook « Faites de la pub gratuitement. Boostez (remarquez au passage cet anglicisme. En français, on dit “promouvoir”) une publication récente de votre Page pour la montrer à plus de monde. Nous débiterons 30€ immédiatement ». Euh… cherchez l’erreur.

Deuxième bizarrerie : Vous vous fendez d’un commentaire hyper bien pensé, hyper accrocheur et tout et tout. Vous le postez à une certaine heure, fière de vous, persuadée que TOUS vos admiratrices et admirateurs vont applaudir des deux mains votre brillantissime intervention. Vous attendez… vous attendez… Ah, tiens, c’est bizarre, personne ne réagit. Vous vous dites : « Jeanne, tout le monde n’a pas les yeux sur ta page. Sois patiente, ça va venir. » Vous attendez… vous attendez… Ah, tiens, étrange, il n’y a TOUJOURS PAS de réactions. Vous vous dites encore « Jeanne, les gens sont occupés. Ils vont le voir à un autre moment. Forcément. Ils ne vont tout de même pas rater un joli instant de leur journée en ne lisant pas ta magnifique prose ? » Vous attendez… vous attendez… et vous attendrez encore longtemps. Le résultat est un véritable flop : zéro mention, zéro commentaire. Nada. Que dalle. Le bide total. Vexation assurée. Tout ça parce que vous ne l’avez pas mis à la bonne heure (c’est là qu’intervient le bidule de l’algorithme).

Troisième bizarrerie : vous soupirez un grand coup et vous cédez à la tentation à savoir « BOOSTER » votre commentaire. Et là, mamma mia, vous entrez dans un monde que vous ne connaissez pas et si vous ne faites pas attention, vous risquez d’y laisser quelques plumes (d’oie parce que ce pauvre palmipède a la sale réputation de se faire plumer). Si vous ne lisez pas toutes les lignes et entre les lignes, votre porte-monnaie risque de se trouver mal. Exemple. Pour promouvoir (ah tiens, il connait ce verbe Facebook ?) votre page, vous avez un tarif qui varie en fonction du nombre de mentions « j’aime » estimées par jour que vous souhaitez obtenir : de 52 à 207, cela vous coûtera 47 euros ; de 78 à 312… 71 euros. Je saute des passages… et de 1037 à 4149 mentions, vous devrez débourser la bagatelle de 944 euros. Bizarrerie dans la bizarrerie : vous avez remarqué qu’il n’y a aucun chiffre rond dans tout ce fatras ? C’est cher de vouloir se faire aimer…

Quatrième bizarrerie (et j’arrête là parce que bon…) : Vous hurlez après cette machine infernale. Vous dites tout le mal que vous en pensez. Vous avez moins de cheveux depuis que vous avez créé votre page. Vous bouffez un temps fou à comprendre le pourquoi du comment d’une équation mathématique. Et pourtant, comment se passer de cet outil maléfique aujourd’hui, surtout depuis que vous êtes une auteure et qu’il faut bien que les gens s’aperçoivent de votre existence. Parce que vous existez. Et aussi parce que ces réseaux (Facebook, Instagram, Tweeter, LinkedIn etc.) ont fait en sorte d’être devenus incontournables, qu’on le veuille ou non.

Je fais parfois de la résistance en titillant l’algorithme fessebouquien, mais je dois l’avouer, c’est souvent la machine qui gagne.

Bref, moi et Facebook, c’est un peu comme la chanson de Serge Gainsbourg : « Je t’aime, moi non plus. »

 

Jeanne Malysa

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